
Aux États-Unis, on ne plaisante pas avec les douanes ! C'est ce qu'a constaté Mike Ingalls, le patron de Pure Foods Inc., une petite société de commercialisation de miel basée à Sultan (Washington). Le 22 avril 2008, une douzaine d'agents de l'Office de sécurité et de l'immigration (ICE) ont fait irruption, armés, dans sa petite entreprise, saisissant son passeport, sa comptabilité, son carnet d'adresses et tous les disques durs de ses ordinateurs. Objet de l'investigation : 973 barriques de miel. A priori, rien qui ne justifie un tel raid. Sauf que depuis le début de l'année 2008, les autorités américaines traquent un vaste réseau international de contrebande de miel chinois. Et que l'importateur de Mike Ingalls se trouve être un important négociant chinois. Les enquêteurs ont saisi son miel afin de confirmer, après analyse, qu'il provient bien de Thaïlande, comme l'indiquent les factures. Pour Bob Coyle, un trader renommé de miel, le métier devient dangereux. « Trop souvent, ce qui rentre aux États-Unis n'a rien à voir avec les échantillons que l'on a testés avant », déplore-t-il. Il constate que même les plus grandes entreprises de conditionnement ne sont plus à l'abri d'une arnaque. Comme le note le journaliste Andrew Schneider dans une enquête publiée le 30 décembre 2008 dans le Seattle Post Intelligencer (SPI), rien qu'en 2008, plusieurs tonnes de miel chinois sont passées à travers les mailles des douanes après avoir été « blanchies », c'est-à-dire frauduleusement étiquetées comme miel provenant d'un pays autre que la Chine.
Comment « blanchir » du miel
À l'aide de documents relatifs à l'expédition d'une cargaison de miel destinée à la coopérative Sue Bee (la plus ancienne et plus importante coopérative de miel américaine), le journaliste a pu retracer les méandres de ce trafic insolite. « En août 2008, 350 containers d'un total de 223 300 livres de miel chinois ont été expédiés par la société Hubei Yangzijiang Apiculture Co (Wuhan, Chine). Le bateau est parti de Shanghai pour accoster à Tuglakabad, un entrepôt d'importation situé près de New Delhi. Selon les rapports des douanes indiennes, le miel qui portait la mention "pour réexpédition" a été accepté par la société Apis India Natural Products. Des instructions de la compagnie chinoise indiquaient que la cargaison devait ensuite être expédiée aux États-Unis. Deux containers sont partis vers Nordfolk (Virginie) et trois autres vers Jacksonville (Floride), pour ensuite prendre la direction de l'Iowa », indique le journaliste. Bill Huser, vice-président de Sue Bee, explique qu'il évite de se procurer du miel chinois, mais il admet qu'« on peut toujours être trompé ».
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